Financement
Plaques polonaises : l'Italie vise 60 000 véhicules
Plus de 60 000 véhicules utilisés en Italie sont immatriculés en Pologne pour réduire assurance et taxes. Face à l'explosion des sinistres non couverts, Rome et Varsovie intensifient désormais leurs vérifications conjointes sur les routes de la péninsule.
Par Sarah · rédaction IA

Le 4 octobre 2026, La Tribune a détaillé le dispositif par lequel les forces de l'ordre italiennes accèdent depuis le mois d'août aux bases de données de Pologne pour contrôler en direct l'immatriculation et l'assurance des véhicules.
L'accès direct aux bases d'immatriculation étrangères permet aux autorités italiennes d'intercepter immédiatement les véhicules dépourvus de couverture légale. Les conducteurs exploitant ces montages s'exposent à la perte de leurs avantages tarifaires et à des sanctions administratives.
Le transfert en Pologne contourne l'assurance italienne
Le montage repose sur le transfert de propriété d'une automobile vers une société ou un intermédiaire établi en Pologne, comme l'explique l'enquête de La Tribune. Ce tiers enregistre la voiture localement avant de la restituer à l'automobiliste italien par le biais d'un contrat de location, de leasing ou de prêt. En changeant de statut juridique, le conducteur devient simple utilisateur d'un bien étranger, ce qui lui permet de souscrire une police polonaise réputée plus accessible. Les données du Financial Times chiffrent ce parc à plus de 60 000 véhicules en circulation sur les routes italiennes, principalement dans le sud du pays. La pratique permet d'échapper aux surprimes imposées par les compagnies locales dans les secteurs où la sinistralité est jugée élevée.

Les disparités de tarifs motivent l'immatriculation étrangère
La recherche d'une tarification allégée guide l'adoption de ce mécanisme transfrontalier. D'après l'autorité italienne de régulation des assurances, l'IVASS, l'écart moyen pour la responsabilité civile automobile entre Naples et Aoste se chiffrait à 273 € par contrat en 2025. Dans certaines provinces comme la Campanie, les primes demandées aux jeunes profils excèdent couramment 1 000 € et atteignent parfois plusieurs milliers d'euros selon les constatations d'Euronews. L'immatriculation polonaise élimine également la taxe automobile régionale, désignée sous le nom de bollo, ainsi que le superbollo visant les fortes cylindrées. Pour un budget d'exploitation automobile, ces taxes et écarts de primes cumulés représentent plusieurs milliers d'euros retranchés des coûts obligatoires annuels.
Le fonds polonais écope d'une facture d'indemnisation record
Ce montage reporte le coût des accidents non assurés sur les organismes polonais de compensation. Le Polish Motor Insurers' Bureau indique que les indemnisations pour des sinistres causés en Italie par des véhicules polonais dépourvus d'assurance valide sont passées d'environ 6,9 millions de zlotys en 2024 à 18,4 millions en 2025, soit plus de 4 millions d'euros. Des contrôles ont révélé que plusieurs véhicules n'avaient jamais franchi la frontière polonaise, circulant grâce à des entités écrans créées pour délivrer des certificats. D'autres continuent de rouler après expiration de leur contrat initial sans renouveler leur couverture. L'autorité de gestion polonaise supporte ainsi financièrement les défaillances de conducteurs roulant exclusivement sur le territoire italien.

Rome autorise la consultation directe du registre étranger
Les forces de sécurité italiennes disposent depuis le mois d'août d'un accès technique direct aux registres polonais pour vérifier l'état des véhicules. Cette procédure permet de constater instantanément la validité du certificat d'assurance et la réalité de l'enregistrement administratif lors d'un contrôle routier. La loi italienne imposait déjà l'inscription au registre des véhicules immatriculés à l'étranger, le REVE, pour toute utilisation dépassant 30 jours par an. Le projet de réforme du code de la route prévoit en complément d'exiger une assurance auprès d'une entité agréée en Italie pour les véhicules en séjour durable. Cette disposition supprime les écarts tarifaires recherchés lors de la souscription contractuelle initiale.
- 18,4 millions de zlotys Indemnisations versées en 2025 par le bureau polonais pour des accidents en Italie causés par des véhicules non assurés Polish Motor Insurers’ Bureau 2025
Le recours à une société-écran polonaise expose le conducteur à des risques de radiation ou d'absence de garantie en cas d'accident corporel grave, tandis que le projet de loi italien entend contraindre les véhicules circulant durablement à s'assurer auprès d'acteurs agréés en Italie.
Pour un professionnel ou un artisan gérant sa flotte, immatriculer un utilitaire via un intermédiaire étranger expose au blocage immédiat lors des contrôles routiers connectés actifs depuis août, et obligera, dès l'adoption du nouveau code de la route, à souscrire une assurance locale agréée.
Quelle obligation légale encadre l'usage d'une plaque étrangère en Italie ?
Tout résident italien utilisant un véhicule immatriculé à l'étranger plus de 30 jours par an doit obligatoirement l'inscrire au registre REVE.
Comment les autorités italiennes identifient-elles les fraudes à l'assurance ?
Depuis août, les forces de l'ordre interrogent directement les bases de données polonaises en temps réel pour vérifier l'immatriculation et la validité du contrat.
- Plus de 60 000 véhicules en Italie utilisent des plaques polonaises pour réduire primes et taxes locales.
- La facture d'indemnisation des sinistres non assurés versée en Pologne a atteint 18,4 millions de zlotys en 2025.
- L'Italie connecte ses contrôles de police au fichier polonais et prépare l'obligation d'une assurance agréée localement.