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Deepfakes pornographiques : 138 députées ciblées dans l'UE

Une enquête du think tank Agora Digitale Transformation révèle qu'au moins 138 députées nationales de l'Union européenne figurent sur environ 160 sites pornographiques de deepfakes, confirmant un ciblage massif et asymétrique visant les femmes publiques.

Par Léo Sperl

Deepfakes pornographiques : 138 députées ciblées dans l'UE

Le 14 septembre 2026, le think tank allemand Agora Digitale Transformation a publié les résultats du chercheur Benjamin Shultz, démontrant qu'au moins 138 députées issues de 22 pays de l'Union européenne sont ciblées sur environ 160 domaines pornographiques générant des contenus par intelligence artificielle.

Cette publication établit que l'infrastructure des deepfakes non consentis fonctionne désormais à l'échelle industrielle contre les représentantes publiques. Pour les institutions et les personnes exposées, la surveillance proactive de ces réseaux devient indispensable face aux limites des recours juridiques a posteriori.

Une étude cartographie 160 domaines pornographiques abusifs

Le chercheur Benjamin Shultz, data fellow pour Agora Digitale Transformation, a conçu un projet d'analyse quantitative recensant l'exposition des parlementaires aux trucages pornographiques par intelligence artificielle. En compilant en juillet les profils de 5 872 parlementaires nationaux issus des 27 pays de l'Union européenne, le chercheur a interrogé des moteurs de recherche dédiés pour repérer les occurrences sur environ 160 sites hébergeant des contenus sexuels non consentis. L'étude exclut les élus du Parlement européen pour se concentrer sur les parlements nationaux. Les résultats indiquent que les élus d'Allemagne, des Pays-Bas, d'Italie et de France sont les plus touchés, la probabilité d'apparaître sur ces plateformes augmentant avec l'ancienneté politique. Cette recension permet aux autorités d'identifier précisément les failles de distribution et offre aux personnes ciblées des procédures guidées pour réclamer le retrait des données.

Photo publiee par wired.com : Image may contain People Person Formal Wear Adult Clothing Suit Blazer Coat Jacket Face Head and Photography
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Des plateformes intègrent profils publics et outils de génération

Les plateformes répertoriées ne se limitent pas à diffuser des vidéos explicites: elles fonctionnent comme des annuaires structurés et des passerelles d'accès. L'enquête montre que plusieurs sites hébergent des pages contenant le nom des députées, leur photographie institutionnelle et parfois leurs coordonnées personnelles ou profils sociaux, certaines pages allant jusqu'à évaluer leur physique. À côté de ces fiches figurent des liens vers des applications de déshabillage numérique appelées nudifiers ou vers les outils propres du site. Un visiteur dispose ainsi des images sources et de la technologie pour générer un trucage en trois clics. Une simple photo officielle prise lors de l'exercice d'un mandat suffit donc comme matière première. Cette organisation technique abaisse le seuil nécessaire à la création de contenus dégradants, forçant les équipes de communication à surveiller la réutilisation malveillante de chaque portrait officiel.

L'automatisation remplace les trucages manuels complexes

La manipulation d'images nécessitait autrefois un savoir-faire graphique poussé et un travail minutieux de retouche. L'émergence fin 2017 d'algorithmes d'apprentissage automatique décrits dans Vice a rendu la falsification accessible au moyen de bibliothèques logicielles libres comme Keras ou TensorFlow. Ces techniques d'échange de visages s'appuient sur l'entraînement de réseaux neuronaux capables de traiter des flux d'images sur des processeurs grand public. Désormais, des plateformes commerciales automatisent l'ensemble du processus via des générateurs instantanés. Les modèles libres demeurent exploités par des programmeurs amateurs, mais l'offre en ligne s'adresse désormais à un public dépourvu de compétences techniques. Pour les organisations civiles, cette mutation supprime toute barrière technique et multiplie le volume d'attaques potentielles contre les personnalités visibles.

Photo publiee par vice.com :
vice.com

Le ciblage frappe quasi exclusivement les femmes parlementaires

L'analyse statistique révèle une asymétrie extrême selon le genre des élus ciblés sur le web. Les calculs de Benjamin Shultz démontrent qu'une femme députée est 33 fois plus susceptible d'être visée par ces écosystèmes qu'un homologue masculin. Au total, au moins 138 femmes parlementaires issues de 22 États membres apparaissent sur ces plateformes, contre seulement 9 hommes. Les sites répertorient également des journalistes, des célébrités et d'autres personnalités publiques. Ce déséquilibre marqué illustre comment ces instruments servent d'outils d'intimidation visant à entraver la carrière politique des femmes. Pour toute organisation observant les menaces en ligne, ce constat impose de traiter la manipulation d'image comme une modalité spécifique de harcèlement de genre plutôt que comme un problème technique indifférencié.

Les fermetures de domaines réduisent la visibilité des contenus

Face à la diffusion de ces abus, les interventions juridiques et les enquêtes journalistiques parviennent à démanteler certains pans de cette infrastructure. Wired a constaté qu'au moins six domaines inclus dans l'étude avaient été supprimés du réseau avant la parution des résultats, entraînant une diminution mécanique des représentations d'élues européennes. Aux États-Unis, l'application de la législation Take It Down Act a conduit à la fermeture de deux sites majeurs hébergeant des milliers de vidéos. Shultz avait déjà observé en 2024 une baisse significative des représentations d'élus du Congrès américain après de telles mesures. Ces retraits prouvent que le ciblage des hébergeurs affaiblit concrètement ces réseaux, même si le cadre légal européen reste principalement réactif face aux créateurs de ces services.

  • 33 fois probabilité plus élevée pour une femme députée d'être ciblée par ces sites par rapport à un homme Agora Digitale Transformation 14 septembre 2026

Le porno par deepfake fait partie d'une tendance bien plus large de haine et d'intimidation en ligne contre les femmes et les femmes politiques.

Suzanne Kröger Députée néerlandaise, groupe Progressive Netherlands

Les régulations européennes comme le Digital Services Act ou le règlement sur l'IA interviennent presque toujours après la publication et le signalement, laissant les victimes supporter le coût initial de l'atteinte à leur image.

Pour une petite organisation ou un professionnel indépendant, tout portrait officiel en ligne peut alimenter un détournement malveillant sans recours technique immédiat autre que des demandes formelles de retrait.

Combien d'élus européens sont concernés par ces sites ?

L'étude a identifié au moins 138 femmes députées et 9 hommes députés de parlements nationaux dans 22 pays de l'Union européenne.

Quelles données sont utilisées pour générer ces faux contenus ?

Une photographie publique ou un portrait officiel d'un représentant politique suffit pour alimenter les outils de déshabillage numérique ou de substitution de visage.

La suppression de sites a-t-elle un impact mesurable ?

Oui, le retrait de grands domaines aux États-Unis et en Europe a provoqué une baisse notable des occurrences en ligne répertoriées par les chercheurs.

  • Au moins 138 députées nationales de l'UE sont ciblées sur environ 160 sites abusifs.
  • Les femmes parlementaires ont 33 fois plus de risques d'être ciblées que leurs confrères masculins.
  • Les fermetures ciblées de noms de domaine réduisent durablement le nombre de représentations en ligne.

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Sources