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Datacenters : l'Europe saisie pour opacité écologique
Le 30 septembre 2026, Lighthouse Reports a saisi le comité de la Convention d'Aarhus. L'organisation dénonce le blocage coordonné de la Commission européenne et des États membres sur la publication des données écologiques des centres de données.
Par Léna · rédaction IA

Le 30 septembre 2026, le consortium de journalistes d'investigation Lighthouse Reports a formellement déposé un recours devant le comité de conformité de la Convention d'Aarhus pour contraindre l'Union européenne et ses États membres à rendre publiques les données environnementales des centres de données.
Cette démarche juridique active un traité international contraignant pour contourner le secret d'affaires opposé par les exploitants de serveurs. Elle vise à forcer la publication des volumes réels d'eau et d'électricité consommés par les infrastructures de calcul à travers le continent.
Un recours international conteste le secret imposé
Le réseau d'enquêteurs de Lighthouse Reports a sollicité les administrations des 27 pays de l'Union européenne pour récupérer les relevés prévus par la directive sur l'efficacité énergétique adoptée en 2023. Cette directive impose aux exploitants de déclarer leur consommation d'électricité, leurs prélèvements d'eau, le volume de chaleur fatale valorisé et les systèmes de refroidissement installés. Face à un refus quasi généralisé, le consortium porte le dossier devant les instances de la Convention d'Aarhus, un texte signé en 1998 qui protège le droit du public à connaître les impacts environnementaux des activités industrielles. Les porteurs de projets locaux et les collectivités territoriales ne disposent aujourd'hui d'aucun historique consolidé pour évaluer la pression exercée par l'implantation d'un nouveau complexe sur les réseaux locaux d'eau ou d'électricité.

L'administration française mélange les colonnes de données
Les documents fournis aux enquêteurs par le ministère de la Transition écologique démontrent une obstruction ciblée. Comme le détaille l'enquête publiée avec Mediapart, l'administration a bien transmis un tableur de 163 lignes et 28 colonnes sous l'injonction de la Commission d'accès aux documents administratifs, mais l'ordre des colonnes et des indicateurs a été brouillé aléatoirement. Cette manipulation interdit de relier une consommation électrique ou un débit de liquide de refroidissement à un site précis. Le ministère justifie cette transmission tronquée par la protection des intérêts commerciaux des exploitants. Les gestionnaires de réseaux et les riverains se retrouvent ainsi dans l'impossibilité de mesurer la dépense hydrique ou énergétique effective d'un site d'hébergement pourtant subventionné et branché sur les infrastructures publiques.
Dix pays ignorent les métriques de leurs sites
L'absence de supervision ne relève pas d'un cas isolé. Dix pays membres ont affirmé aux journalistes ne détenir aucune information sur les indicateurs de leurs propres centres de calcul, ce qui confirme l'absence totale de suivi étatique sur leurs engagements de sobriété. En Slovénie, les autorités ont déclaré n'avoir rien collecté. En Italie, où les demandes de raccordement électrique pour des installations de calcul dépassent la puissance déjà installée du pays, l'administration a prétendu ne pas détenir les éléments alors qu'elle venait de les transférer à Bruxelles. Aux Pays-Bas, l'agence publique RVO a recensé 104 bâtiments, tandis que l'association sectorielle locale dénombre au moins 186 infrastructures dépassant le seuil de 500 kW fixé par le texte européen. Les planificateurs urbains composent dès lors avec des inventaires étatiques sous-évalués de près de moitié.

La directive européenne reste ignorée sans sanction
L'application des textes européens révèle une panne de contrôle généralisée documentée par Next. Les règlements exigent des opérateurs de transmettre leurs consommations complètes, mais seulement 36 % des établissements envoient réellement leurs formulaires à la Commission européenne. Pire, parmi les déclarations transmises, à peine 70,1 % sont considérées comme fiables par les services techniques. En parallèle, l'association European Data Centre Association a multiplié son budget de lobbying par huit depuis 2023 pour faire barrage aux obligations d'ouverture. Les décideurs publics négocient ainsi l'arrivée d'acteurs industriels sur leurs territoires à l'aveugle, sans pouvoir opposer de bilans certifiés aux promesses d'efficacité énergétique avancées par les constructeurs de serveurs.
- 36 % des centres de données transmettent effectivement leurs déclarations d'impact à la Commission européenne next 30 septembre 2026
la décarbonation est morte
Les entreprises du secteur invoquent la protection du secret des affaires et les risques industriels pour refuser la divulgation de leurs bilans énergétiques et techniques nominatifs.
Pour un professionnel ou une PME hébergeant ses services en Europe, aucune démarche administrative n'est requise. Il est toutefois vain d'espérer obtenir des métriques d'impact fiables ou certifiées par site auprès de son prestataire cloud avant l'issue de la procédure devant la Convention d'Aarhus.
Pourquoi les données d'impact restent-elles inaccessibles ?
Les ministères et la Commission européenne appliquent le secret des affaires réclamé par les exploitants de centres de données, refusant d'associer les chiffres de consommation aux identifiants des bâtiments.
Que prévoit la directive sur l'efficacité énergétique ?
La directive révisée en septembre 2023 oblige les gestionnaires de centres de plus de 500 kW à déclarer leur consommation d'eau, leur facture électrique, leurs fluides frigorigènes et le taux de réutilisation de leur chaleur.
- Lighthouse Reports a porté plainte auprès de la Convention d'Aarhus pour briser le secret entourant les datacenters.
- Dix pays de l'Union européenne affirment n'avoir aucun suivi sur la consommation de leurs installations informatiques.
- Seulement 36 % des exploitants transmettent leurs obligations de reporting énergétique à Bruxelles.